Demortreux peint au couteau. C’est un peintre – c’est une femme – c’est un artiste figuratif.

Peintre, Demortreux ciselle les paysages, les villes, les nus. Les formes, au premier regard, semblent atteindre la simplicité d’un héritage aux limites de l’art abstrait, rappelant en douceur Vieira Da Silva, tantôt De Staël, parfois les Mondrian de l’époque cubiste. Mais Demortreux, loin de simplifier les formes, les laisse prendre vie sous son couteau paradoxal. Comme si le réel scintillait dans une peinture encore plus frémissante que lui : chaque œuvre invite à se laisser happer par les vibrations d’un reflet de toit, de la croupe d’une montagne, d’un arpent de ciel.

Femme, Demortreux peint des nus. Prenez garde à ses nus. Certains vous dévisagent, plus qu'ils ne vous toisent. Ils ne se laissent pas conquérir trop vite.


ASSISE - Huile sur toile  - 116x81 cm - 2008





Demortreux figure. Elle persiste et signe. Patiemment fascinée par les choses, elle ne se contente pas de les contempler mais les écoute, les secoue, les passe au crible de ce prisme à plusieurs faces dont certains de ses paysages semblent sortis. Ses natures mortes, toutes récentes, aplatissent les objets, puis les gonflent – mais jamais en rondeur, comme si l’objet respirait sous une forme nouvelle, équarrie. La figure, dans ses toiles, se vit plus vraie que celle à laquelle nous croyons accéder par le regard quotidien. C’est une figure pourtant abstraite, très plastique : la peinture de Laetitia Demortreux est aussi sculpture. C’est parfois un morceau d’huile séchée, un carré de couleur qui arrêtera le regard. J’en aime les écorces aux tons terre de Sienne, et ces nuages bleu clair qui leur font écho.


Béatrice Joyeux-Prunel
Maître de conférences
Histoire de l'art contemporain
Ecole normale supérieure - Paris (rue d'Ulm)

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